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Légendes Moyennageuses
Le fléau-crocotaco
"Crocotaco", c'est chez nous une légende très ancienne. A la fin de l'hiver, quand mars amène ses giboulées qui sont les dernières épreuves de la lutte entre les frimas finissants et le printemps vainqueur, à l'heure inquiétante où commence une nuit aussi longue que le jour, une forme mystérieuse et voilée rôde de la Comtal à la Citadelle et de la rue des Agneaux à la rue des Argentiers, puis à la campagne, d'un village à l'autre et, selon le seul caprice de sa fantaisie, heurte au volet de telle ou telle maison. "Qui es aco ?", demande le laboureur sans quitter la cheminée où brûlent les débris de chanvre broyés dans la journée : "Crocotaco !" répond l'ombre lugubre qui reprend aussitôt sa marche vagabonde. Plus loin, elle frappe encore : pan,pan ! "Qui est là ?" demande le marchand entrouvant un panneau dans sa large fenêtre. "Reste là !" clame au dehors la voix nocturne. Et le bourgeois tombe inerte sur les dalles de sa boutique, sans avoir eu le temps de rien voir ni de recommander son âme à Dieu ! Puis notre croque-mitaine poursuit sa course désordonnée en heurtant un peu partout à l'aveuglette. Qui es aco ? Crocotaco ! ce qui est un simple amusement; qui est là ? Reste là ! ce qui est un arrêt de mort.
Le cochon sauveur (Episode : Guerre des 100 Ans)
Puymirol qui était à l'époque une cité fortifiée, fut assiègée par les Anglais. Les habitants s'inquiètaient d'apercevoir derrière les créneaux les soldats ennemis qui attendaient impatiemment leur soumission. Plusieurs jours s'écoulèrent et les Puymirolais ne se rendirent pas bien compte que les provisions commençaient à s'épuiser. Mais avant que la famine ne se fasse sentir, ils décidèrent de tenter le tout pour le tout : faire manger tout le grain de l'année, encore stocké dans les greniers, à un cochon. Quand ce dernier fut bien engraissé, ils le jetèrent par-dessus les remparts, où il dégringola aux pieds des soldats Anglais. Ces derniers en le voyant si gras, crurent que les Puymirolais avaient encore beaucoup de réserves et pourraient résister longtemps .....Découragés, les assaillants levèrent aussitôt le siège. C'est par cette astuce du cochon gras, que les habitants de la bastide vainquirent sans combattre les envahisseurs Anglais et se sauvèrent d'une mort certaine.
XVIIIème siècle
Le voleur récidiviste
Pierre-Etienne se trouvait à Puymirol en permission chez son frère André-Bernard De Léonard quand un domestique qui dépiquait du millet au premier étage fut soupçonné de dérober du grain. André-Bernard prit une lanterne, Pierre-Etienne mit l'épée à la main et tous deux allèrent perquisitionner de l'autre côté de la rue Royale, dans la grange où couchait le voleur. Ils trouvèrent sous le lit un sac de céréales et après l'avoir capturé, ils le firent enfermer à Puymirol dans la prison cantonale, sise à la Tour Ficot. A sa sortie, ce mauvais sujet passa alors au service de M. De Bonnefont-de-Cardelus, Châtelain dans la commune de Saint-Martin-de-Beauville, chez qui, hélas il continua ses vols. Puis, ayant couronné la série de ses méfaits en enlevant trois gerbes à la pile de la dîme de Saint-Caprais-de-Lerm, il fut pendu sur la place des Tilleuls de Puymirol, le 23 Septembre 1769, en présence de nombreux curieux souhaitant assister à la fin de ce voleur récidiviste...
M.André-Bernard DE LEONARD, Sieur de Lamouroux (1724-1809), qui était alors l'homme le plus riche de Puymirol possédait dans ses écuries plusieurs chevaux racés dont il était très fier. Cela lui permettait de changer d'attelage chaque fois qu'il se rendait à Agen faire ses commissions, afin d'être remarqué. D'un physique plutôt ingrat M. De Léonard se faisait accompagner dans son cabriolet par son valet, qui était plus distingué que lui, et qui prenait sa place à l'entrée d'Agen, afin que les gens disent sur son passage qu'il était un bel homme .... Parmi ses chevaux, M. De Léonard en possédait un qui paraissait tocard, sale et maigre ; sans plus attendre, il le vendit pour un prix dérisoire au chiffonnier Louiset de Puymirol, qui par contre le soigna bien, l'étrilla, le brossa et l'astiqua. Quand il fut en état, il le mena à la foire d'Agen. M. De Léonard s'y trouvant également le remarqua aussitôt, le trouva à son goût et l'acheta à un énorme prix sans se douter qu'il lui avait appartenu.
André-Bernard de Léonard, par le seul fait qu'il était l'aîné des garçons, possédait plusieurs maisons à la ville et à la campagne, les domaines de Moissagel et de Lamouroux, les vignobles de Saint-Orens, des terres éparpillées dont la plupart dans les paroisses de la juridiction de Puymirol et le portefeuille des père et grand-père qui lui donnait un revenu supérieur, ce que chacun de ses cohéritiers recevait en capital. Toujours en vertu de ce droit de primogéniture masculine. André-Bernard fut élevé au collège. Il habita la maison paternelle alors que ses frères désertèrent la maison familiale pour chercher fortune à l'armée. André-Bernard épousa le 14 Janvier 1760, Anne Canel la plus riche héritière du pays. André-Bernard ne pouvait aller à Agen sans être chargé de commissions qu'une journée entière n'y pouvait suffire et que le valet qui l'accompagnait croulait au retour sous les cartons et les paquets. André-Bernard de Léonard, dit le tout puissant de juridiction de Puymirol, s'éteignit le 18 Janvier 1809 et ses dispositions testamentaires donnèrent lieu à un violent procès où intervint le célèbre avocat de l'époque Me de Sèze. (Avocat du roi Louis XVI).
Le foulard des dames
Monsieur de Léonard, qui était bien connu dans la bastide pour ses succès féminins, offrit un jour à toutes ses maîtresses un magnifique foulard, le même, afin de mieux les identifier. Le dimanche suivant, par hasard, elles avaient toutes mis ce fameux foulard pour assister à la messe; bien sûr, elles se reconnurent et la jalousie déclencha une bagarre générale sur le parvis du « grand Castel », sous l'il amusé de nombreux badauds.
XIX ème siècle
Jasmin à Puymirol (1798-1864)
En tournée dans la région, l'illustre poète et perruquier agenais Jacques Boé dit Jasmin vint donner un récital de ses fameux poèmes en patois, un samedi soir sous la halle de Puymirol. L'entrée de la soirée étant gratuite pour tous, l'assistance fut très nombreuse. Il fut très applaudi comme partout ailleurs. (Les Papillotes). L'Abbé Casse, alors curé de la paroisse eut une idée géniale : il demanda à Jasmin de lui prêter son chapeau «tromblon» (modèle très profond) afin de faire la quête et de sorte que les spectateurs sollicités ne puissent voir ce que le voisin donnait. Cette astuce permit de réaliser une bonne recette. Le montant fut versé au bureau d'aide sociale de la commune.

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